27.01.2009
Journal d'une tempète
De longue date, j’avais inscrit sur mon agenda la date du 24 janvier. Ce samedi, je devais passer la journée à Paris pour assister au Conseil National de l’U.M.P, où nous devions élire notre nouveau secrétaire général, Xavier Bertrand.
La veille, le vendredi 23, mes services étaient prévenus d’une alerte tempête. Alerte qui semblait sérieuse puisqu’aussi bien Météo France, ERDF et France Telecom nous indiquaient que nous devions nous attendre à quelque chose de très sérieux. Le bon sens me poussait à ne pas m’éloigner de Biarritz et je fus bien inspiré !
Samedi, vers 5 heures du matin, comme bon nombre de Biarrots, je fus réveillé par la tempête ! Une heure plus tard, les agents de la voirie se retrouvent au Centre Technique bientôt rejoints par les principaux chefs de service de la Ville. Mais à cette heure, au plus fort de la tempête, la sagesse indique de ne pas tenter le diable et d’attendre une accalmie avant de partir constater les dégâts. Une demi-heure plus tard, une cinquantaine d’employés municipaux sont déjà prêts à remplir leur mission. On a souvent tendance à se moquer des fonctionnaires dans ce pays, mais une fois de plus, on sait que l’on peut compter sur eux dès que le besoin se fait sentir…
Ma première visite est en ce qui me concerne pour le Jardin Public. Spectacle désolant… Onze tilleuls argentés ont été déracinés par la tempête. Un douzième vient de tomber dans un énorme fracas, alors que des Biarrots s’aventuraient dans le jardin ! Immédiatement, je donne l’ordre de sécuriser les abords du parc, et j’appelle le maire pour l’informer de ces premiers dégâts. Un Biarrot vient à ma rencontre : « Monsieur Brisson, ils sont fous ! Un arbre vient de tomber il y a une demi-heure. Et ils veulent continuer à y accéder. Des gens auraient pu être tués ! ». Je fais placer des barrières. L’accès du jardin public est totalement interdit. A 10 heures, une première réunion de crise se déroule dans les locaux du service des jardins. Quatre-vingt employés municipaux, des services de la propreté, de l’éclairage, de la voirie et de la police municipale sont mobilisés à ce moment-là. Le maire nous rejoint sur le terrain et avec Claude Olive, responsable du service de la propreté de la Ville, nous partons en voiture faire le tour de la ville, en restant en permanence en contact avec nos services par téléphone. Peu à peu, l’étendue des dégâts nous apparaît.
Visite tout d’abord à l’école du Braou où le toit de la salle des jeux a été emporté. On apprend qu’au Port-Vieux tous les lampadaires ont été décapités. Au Port des Pêcheurs, une des passerelles métalliques est à la mer. Nous constatons également beaucoup de dégâts dans les rues… Didier Borotra manifeste l’envie d’aller voir le jardin des Rocailles, le petit dernier des espaces verts de la cité… A-t-il tenu le coup ? Les dégâts sont moindres… Rien d’irrémédiable !
Vers midi, a lieu la seconde réunion de crise de la journée. Nous faisons un point sur les arbres abattus, et apprenons les gros dégâts à Marion et à Ilbarritz-Mouriscot. De magnifiques arbres sont à terre… Mais l’urgence est d’agir, de dégager les rues et de sécuriser le maximum de bâtiments municipaux. Nous pouvons être déjà assez fiers de nos services, car le maximum d’interventions a été réalisé. Il nous reste à mettre la pression sur ERDF pour tous les problèmes électriques que l’on nous a signalés. Les discussions téléphoniques sont rudes, car tout le Pays Basque est touché. Mais consigne est donnée de continuer à « leur mettre la pression » !
Vers 14 heures, je rentre chez moi. Un café me servira de déjeuner et j’allume la télé pour suivre quelques instants du conseil National de l’U.M.P. Puis vers 16 heures, je rejoins la troisième réunion de crise.
Déjà nous pouvons y voir plus clair. Les équipes ont fait un formidable travail. Nous prenons la décision de fermer au public le Lac Marion, où nous avons la confirmation qu’une quarantaine de beaux spécimens ont été décimés. Nous fermerons aussi le Parc Mazon, par précaution. En accord avec le maire, notre priorité est de préparer les travaux à l’école du Braou afin qu’elle puisse ouvrir normalement lundi.
Peu à peu les services élaborent le diagnostic. Le patrimoine communal est touché : Ecole du Braou, Villa Natacha, Gymnase de Larochefoucauld, Ecole Jules-Ferry, CLSH Mouriscot. Les dégâts sont aussi importants sur le littoral, dans les rues (lampadaires, panneaux de signalisation).
Le service des jardins m’informe alors que cinq tilleuls argentés du jardin public sont déstabilisés par la tempête. Il faut donc prendre la décision de les abattre sans plus tarder, car ces arbres déjà malades, risquent à tout moment de tomber. Je donne l’ordre de le faire… et pas de gaieté de cœur ! Mais que faire d’autre ? Refuser cette autorisation ? Et craindre le pire ?
La Ville ayant un contrat annuel avec l’entreprise d’élagage Chauvier, celle-ci est mobilisée depuis le matin et mandatée pour agir.
Je décide alors de me rendre sur place. J’assiste, avec de nombreux Biarrots (environ 200), à cet abattage sinistre. Je m’attends à des réactions, bien prévisibles… Effectivement trois ou quatre personnes viennent me trouver, et me dire avec virulence qu’il est « stupide », « scandaleux », voire « criminel », de commettre pareil sacrilège ! J’essaie de leur expliquer, avec calme, les raisons impératives qui nous imposent ce choix douloureux ! Mais quand on ne veut pas entendre…
La tension monte et les hommes de l’entreprise Chauvier, ainsi que les jeunes jardiniers de nos services, sont sidérés de la manière dont ces personnes nous accusent d’être des irresponsables ! Je redoute presque que l’on en vienne aux mains ! Enfin, je réussis à temporiser tout cela…
Ces tilleuls que l’on savait malades et en fin de vie dès 2004, il aurait fallu les faire abattre bien plus tôt ! La tempête s’en est chargée pour la plupart, et nous avons l’obligation absolue de terminer le travail ! Que dirait-on si dans quelques semaines ou quelques mois, un arbre tombait sur des promeneurs et les tuaient ???
Des Biarrots, des riverains du jardin, viennent alors spontanément me soutenir : « Vous avez raison. A chaque coup de vent, on tremblait en voyant bouger ces arbres ! On redoutait le pire ! ». J’appelle le maire, lui expliquant ma décision. Une simple phrase en guise de réponse : « Tu as raison. Tiens bon ! ».
Je rentre chez moi. Une douche et je file au FIPA. Nous avons évité le pire, nous pouvons respirer un peu.
Dimanche matin. Une cinquantaine d’employés municipaux sont là. Professionnalisme et solidarité du personnel en ce week-end difficile. Je suis fier d’eux. Nous faisons un bilan et nous constatons que 90% du travail de déblaiement, de nettoyage est effectué. Nous mettons au point les dernières interventions. Il est temps pour moi de me rendre à l’école du Braou où beaucoup de monde est mobilisé. Même les directeurs des services de la mairie sont là pour prêter main forte ! Tout cela se passe dans la plus complète solidarité et bonne humeur… Comme quoi, quand les hommes veulent se donner la main, tout va si vite et si bien… A midi, le Braou est bâché, nettoyé et sécurisé. On pourra y accueillir nos enfants demain matin… Nous partageons un bon café. Et puis nous réunissons dans les locaux du service des Jardins, à Parme, la cellule de crise. Cette gestion des dégâts de la tempête a été exemplaire. Nous partageons le verre de l’amitié biarrote.
Mon seul regret, mais ça nous servira de leçon, est de ne pas avoir mis en place un accueil téléphonique à la mairie. Lundi matin, nous nous sommes rendu compte, que 18 appels nous étaient parvenus durant ces deux jours. Bien sûr, nous avons rappelé tout le monde, mais il aurait été normal que la Ville puisse répondre à ces Biarrots en difficulté à ce moment précis.
Pour en revenir au dimanche, l’après-midi, fut consacré à coordonner l’action du Conseil Général dans les collèges de notre département. Là aussi, les fonctionnaires ont répondu présents, et nous avons pu faire un point très précis de la situation en fin de journée… Je fais parvenir un état des lieux au Préfet. Les 48 collèges publics du département ouvriront demain.
Et le soir, avec ma famille, que j’avais totalement abandonnée durant ces deux jours, nous sommes allés nous « faire une toile ». On ne dira jamais assez combien la femme et les enfants d’un homme politique doivent avoir « le sens du sacrifice » quand ils subissent, bien malgré eux, les conséquences de la vie publique !
Lundi matin, la cellule de crise s’est déplacée à la mairie. Nous refaisons le point, et essayons de mettre à nouveau la pression sur ERDF pour faire rétablir l’électricité à Biarritz. Mais ERDF nous redit qu’en cas de plan tempête, ils sont tenus de suivre les consignes du Préfet, qui, seul, fixe les priorités. Et il est vrai que bien d’autres villes et villages sont plus touchés que Biarritz par les coupures électriques. Nous devons aussi faire preuve de solidarité envers les autres… et les employés municipaux sont impuissants à agir dans ce domaine.
Au jardin public, les deux derniers tilleuls, bien solitaires, sont abattus. On m’apporte un morceau de la coupe horizontale de l’un d’entre eux. Je constate, avec effroi, que le tronc est creux ! Je demanderai aux journalistes qui le souhaitent de venir photographier cette coupe… peut-être que ceux qui nous ont agressés samedi comprendront mon obligatoire décision ?
Demain, nous replanterons des arbres au jardin public pour les futures générations. Il y aura une grande et vaste pelouse centrale, dans l’esprit des parcs anglais, où reprendront les jeux de nos enfants. Ce jardin redécouvrira enfin le soleil, et (qui sait ?) nous pourrons peut-être remettre un toit, comme autrefois, sur le kiosque et y programmer des concerts publics dont la musique adoucira certainement les mœurs…
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