18.02.2009
Le basque, langue de France
Je n’ai jamais été abertzale. Et je ne le serai jamais !
Pourtant, je préside depuis quatre ans maintenant l’Office Public de la Langue Basque, et j’accomplis cette mission avec le bonheur de mener un combat pour le pluralisme culturel et linguistique car je suis persuadé que ce combat est le même que celui que nous devons mener à l’échelle mondiale pour le français. C’est le combat pour la diversité, il ne se partage pas !
Oui, la langue basque fait partie de notre patrimoine. Et quand je dis « notre patrimoine », il ne s’agit pas uniquement du patrimoine de ceux qui ont la chance d’habiter ce petit coin de France, mais du patrimoine de tous les Français !
Nos langues régionales font notre richesse et doivent être défendues avec le même enthousiasme qu’on soit Basque, Breton, Corse ou Parisien…
Comme nos cathédrales, nos musées, nos châteaux font partie de notre patrimoine national commun, où qu’ils se situent sur le territoire, nos langues dites « régionales » sont avant tout les langues de France ! Nicolas Sarkozy l’a d’ailleurs parfaitement compris en nommant Xavier North délégué à la langue française et aux langues de France. Et la loi que le gouvernement prépare en ce moment nous permettra d’encore mieux défendre ces fragiles trésors nationaux, aussi précieux que les plus beaux monuments de notre pays.
Pourquoi vous parler de la langue basque aujourd’hui ? Oh, tout simplement, parce que certains veulent en faire un sujet d’opposition politique, en se drapant dans le manteau fripé d’un jacobinisme étroit et conservateur. Ainsi, ai-je dû essuyer de la part de mon collègue Guy Mondorge, Conseiller général socialiste d’Anglet, lors de la Commission Permanente du Conseil Général de lundi dernier et alors que nous travaillions sur un système de labellisation des crèches en langue basque, des propos d’un sectarisme rare. Selon lui la défense de la langue ne serait qu’un prétexte à des objectifs politiques plus ou moins avoués.
C’est ridicule, mais le ridicule n’a jamais fait peur à M. Mondorge. Alors que 18% des élèves sont aujourd’hui inscrits en section bilingue dans notre ville et plus de 40 % pour tout le Pays Basque, à qui ferons-nous croire qu’ils sont tous issus de familles de militants abertzale prêts à en découdre avec la République française !?
Oui, ce raisonnement est non seulement ridicule, il est d’une grande bêtise, car il y a belle lurette que chez nous le combat pour la langue a dépassé le cadre de la mouvance militante.
Tout simplement parce que dans une Europe qui se construit chaque jour un peu plus, quoi que l’on puisse en dire, et dans un système où la mondialisation semble inévitable, nous sommes tous à la recherche de nos racines, nous prenons conscience plus que jamais de notre patrimoine, et nous sommes fiers d’être « de quelque part ». Quel mal y a-t-il à cela ?
Et que M. Mondorge ne croit pas que les Basques soient les seuls à « s’accrocher » à leur histoire, à leurs traditions et à leur langue… Pour s’en convaincre, il suffit de voir la polémique qui a suivi la décision de supprimer les numéros sur les plaques d’immatriculation des voitures ! Si bien que non seulement les numéros de département continueront à figurer sur les nouvelles plaques, mais le législateur a également voulu qu’y soit gravé le logo identitaire de nos régions… Et mieux encore, l’on aura aussi la possibilité de choisir, où que l’on réside en France, le numéro du département du coin de France cher à notre cœur, même si les aléas de la vie nous ont conduits à l’autre bout du territoire !
Défendre la langue basque, la préserver, est un devoir civique. La France doit sa richesse à la diversité de ses territoires, des femmes et des hommes qui y vivent mais aussi aux cultures et langues identitaires qui participent à son Histoire. Faut-il passer tout cela par pertes et profits sur le mur de l’intolérance, et par là même le patrimoine linguistique si précieux dont nous avons hérité de nos ancêtres ?
Je terminerai avec cette question qui devrait faire réfléchir M. Mondorge… Peut-on ignorer la chance que l’on offre à nos enfants en leur permettant de devenir bilingues dès le plus jeune âge ? S’il en doute encore, je l’invite à venir assister aux conférences que donneront en Juin à Biarritz, Bayonne et Saint-Jean-Pied-de-Port Messieurs Hagège et Dalgalalian qui comptent parmi les plus célèbres sociolinguistes français. Ils nous parleront de la formidable chance du plurilinguisme précoce et nous rappelleront qu’apprendre le basque aux côtés du français, c’est, dès le plus jeune âge, multiplier les capacités d’« impression » de nombreuses autres langues.
Etre bilingue très tôt, c’est la certitude d’être ensuite plurilingue avec facilité.
Le basque comme moyen d’apprendre aussi l’anglais, l’espagnol, l’allemand, bref le basque pour devenir citoyen européen et citoyen du Monde tout en étant pleinement citoyen français !
Car défendre la langue basque, c’est s’inscrire dans la modernité, c’est s’inscrire dans le XXIème, mais c’est aussi défendre une langue de France.
C’est un devoir civique et un formidable défi. C’est dans tous les cas un combat que je mènerai avec ardeur, certain de préserver pour les générations futures l’un des plus beaux joyaux de notre histoire et de notre patrimoine commun.
P.S. –
Chers Lecteurs,
Je joins à ce billet la réaction que je viens d’adresser au Journal « Sud-Ouest » à la suite de la parution d’un article dans l’édition du mercredi 18/02/09.
REACTION A LA SUITE DU DEBAT DE COMMISSION PERMANENTE DU CONSEIL GENERAL DE LUNDI DERNIER SUR LA LABELLISATION DES CRECHES BASCOPHONES
Le débat sur la labellisation des crèches bascophones aura au moins eu un mérite : celui de faire tomber les masques. Monsieur Mondorge, Conseiller général socialiste d’Anglet, est dubitatif, nous en prenons acte. D’autres élus socialistes béarnais sont résolument contre. Au moins, maintenant, nous sommes parfaitement informés de leur position.
Mais pour que nos concitoyens puissent se doter de leur propre point de vue, je voudrais simplement préciser que les crèches qui portent chez nous un projet d’immersion totale en langue basque, sont gérées par des associations et qu’elles n’ont donc pas recours à des emplois de droit public. En revanche, pour que leur projet d’immersion linguistique ait un sens, il est nécessaire que l’ensemble du personnel soit bascophone. Cette exigence au moment du recrutement repose sur de stricts critères professionnels dont la maîtrise de la langue basque.
Il n’y a là rien d’anti-constitutionnel. Les Ikastolas, sous contrat d’association avec l’Etat, pratiquent ce recrutement sur critères linguistiques depuis leur création. Je constate d’ailleurs que lorsque la maîtrise de la langue anglaise est exigée pour postuler à tel ou tel emploi, cela ne génère aucune réaction de personne. Pourquoi cela devrait-il être différent pour le basque, à moins de donner raison à Monsieur de La Fontaine lorsqu’il rappelait combien était différente l’attitude des Hommes « selon que vous soyez puissant ou misérable » ?
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Commentaires
Aquò fa plaser de legir un elegit qu'es logic e que castiga la logica d'epuracion lingüistica de la republica jacobina e centralista, donc tanben socialista.
Un jorn benlèu los socialistas seràn logics ? Quí zo sap ? Cal aver d'espèr. Mantunas annadas fan, èran los elegits de dreita qu'èran pas umanistas sobre aqueste terrenh. Tot pòt cambiar, es urós.
Coma que, dinc l'Estat francés, podem aver grandas susprèsas....
O podem tanben pensar que los socialistas an pas cap memòria politica (Alain Savary, Discors de An Orient en 1981, Jean Jaurès, etc.) ... N'ai la confirmacion quand l'eslògan dels socialistas es, per aquestas eleccions europencas : «people first», la traduccion farà páur !
Ma pichona coneissença de l'anglés explica que podem pensar coma lo FN-PCF ( «Français d'abord») o «les gens d'abord», mas quand se pòrta a interdiccion de la transmissiobn lingüistica que siaguèsse pas franceca, es aital la sampitèrna confusion entre nacionalitat e ciutadanetat ; donc, los socialistas en inventat «citoyens d'abord». Mas encara un còp que i a darrièr aiçò ? N'avem que de legir Alain Badiou e entendrem l'extremisme.
Ecrit par : Godilhaire | 01.05.2009
Je découvre à l'instant, mais un peu tard, cet article de votre blog me concernant.
Employer en parlant de ses collègues les mots de ridicule et d'imbécile ne grandit pas le rédacteur du blog.
Monsieur Brisson, plutôt que de donner des leçons d'intelligence et d'ouverture gratuites, agissez pour que la langue gasconne ait sa place dans l'enseignement public dans le Bas Adour et le BAB. Expliquez à vos collègues de droite pourquoi l'association Aci Gasconha d'Anglet voit sa subvention tomber de 60000€ en 2008 à 2000€ en 2009, mettant ainsi en danger l'emploi salarié de cette association. Essayez de convaincre votre collègue Dupont que l'occitanie ne s'arrête pas aux frontières (mais quelles frontières..?) du Béarn. Alors je pourrai croire que votre action n'est pas axée sur l'intérêt immédiat et électoraliste de caresser dans le sens du poil les électeurs favorables (et c'est leur droit) à des projets nationalistes. Et que le seul moteur de votre action serait un engagement pour la renaissance des langues régionales, (car on emploie le pluriel à partir de deux), en particulier dans la ville dont vous êtes l'élu.
Et si les mots de ridicule et d'imbécile disparaissaient à mon sujet de votre blog, je croirais en plus en votre courtoisie.
Cordialement
Ecrit par : Mondorge | 04.10.2009
Merci d'excuser une erreur de frappe dans ma réponse précédente. Il faut lire 6000€ et non 60000, bien sûr.
Couraumen (comme dirait notre ami occitan)
Ecrit par : Mondorge | 06.10.2009
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