20.10.2009
Une nouvelle ligne ferroviaire
Je trouve que le débat engagé depuis quelques mois sur l’opportunité de construire une nouvelle ligne ferroviaire entre Bordeaux et la frontière est particulièrement mal engagé. D’échanges en polémiques, de débats en pugilats, celle-ci est présentée comme une balafre, jamais comme un outil au service du développement, la manifestation de samedi à Bayonne n’a pas inversé ce constat.
Il faut donc d’abord rappeler que la construction d’une nouvelle ligne n’a de justification pour un territoire comme le nôtre, que si elle est sous-tendue par un projet de territoire et si elle est au service de cette ambition.
C’est là le vrai débat à ouvrir. C’est en fait, celui qui porte sur l’idée que nous nous faisons dans l’avenir de notre territoire, et pas seulement celui auquel on veut nous réduire, sur les impacts présupposés du chantier et de l’ouvrage.
Or, nous avons élaboré en Pays Basque, après les réflexions prospectives 2010 et 2020, un projet de territoire dans lequel nous avons clamé haut et fort que notre pays nous le voulions, certes équilibré et harmonieux, mais aussi vivifié par une économie productive et donc ne se réduisant pas aux seuls subsides de l’activité résidentielle appelée ailleurs et en d’autres temps « économie de rente », un projet de territoire dans lequel nous avons de même dit avec force que le Pays Basque nous le pensions ouvert et intégré, et non fermé et replié sur lui-même.
Je croyais que cette vision nous le partagions largement au-delà de nos différences et de nos clivages. Au vu des prises de position de certains, j’en doute aujourd’hui.
Un développement économique équilibré peut-il en effet reposer sur autre chose qu’une offre de transport diversifiée ?
Ne voit-on pas le risque de se laisser enfermer dans la dépendance de plus en plus contraignante du transport aérien, et celle encore plus dangereuse à tout point de vue du transport routier ?
Ne comprend-t-on pas que le Pays Basque a tout à gagner à se placer en position charnière sur l’axe Sud-Europe Atlantique ?
Bilbao, à 50 minutes de Bayonne, et notre agglomération à mi-temps d’un trajet Toulouse-Bilbao réduit à 2 h 20, contre14 heures aujourd’hui, voilà ce qu’annonce la nouvelle révolution ferroviaire qui se dessine peu à peu.
Dire cela, n’est pas faire l’éloge de la vitesse mais des échanges.
C’est aussi replacer notre Pays Basque dans un espace européen ouvert et intégré, où le rail retrouvera demain une dimension nouvelle.
Ne voit-on pas que notre voisin Espagnol se prépare à cette révolution ferroviaire en injectant plus de 110 milliards d’euros d’investissement pour rattraper son retard jusqu’alors abyssal en la matière, devions-nous passer à côté de cette inflexion en marche ?
L’Européen que je suis, ne peut s’y résoudre et accepter ainsi que le Pays Basque soit un maillon de discontinuité sur la carte des transports européens alors que son histoire et ses intérêts bien compris le disposent très naturellement à bénéficier pleinement de sa position de maillon clé sur l’arc atlantique et sur l’isthme euro-méditerranéen.
Bien sûr, même chez les opposants à la voie nouvelle, tout le monde ou presque accepte cette argumentation mais contrattaque aussitôt en avançant l’argument fallacieux de l’utilisation de la ligne actuelle. Il faut tordre le cou à cette fausse bonne idée pour quatre raisons simples :
- D’abord parce que notre territoire n’est plus un « bout de France » mais un maillon clé de l’espace européen en construction et que nous ne pouvons à la fois bénéficier des « sacrifices » consentis par les populations au nord de la ligne sans en consentir pour celles plus au sud.
- Ensuite, parce que les performances euro-régionales dans un espace Toulouse-Bordeaux-Bilbao tomberont à l’eau sans une voie nouvelle et que notre région sera lourdement handicapée par rapport à d’autres territoires.
- Egalement parce que cette ligne ancienne est urbaine et que la population très nombreuse tout au long de son tracé, n’acceptera pas cette montée du fret, et les élus de ces communes ont aussi le devoir de le dire.
- Enfin, parce que cet axe a une autre vocation, celle de recevoir pour l’essentiel, le trafic local des voyageurs de l’eurocité.
Car à une autre échelle plus réduite, celle de notre bassin de vie, le projet de ligne nouvelle vient également télescoper l’idée que nous nous faisons de notre territoire et de ce que nous élus, nous devons proposer et construire, au service de celui-ci et de ses habitants.
Par des décisions d’un autre temps, visionnaires et courageuses, nous disposons aujourd’hui d’une ligne ancienne certes, mais littorale et urbaine. Elle innerve une conurbation littorale qui peu à peu prend conscience d’elle-même. C’est un atout indiscutable.
Cette agglomération a en effet besoin elle aussi, de mener sa révolution ferroviaire. Demain, de Bayonne à Saint-Sébastien, c’est en train que nous circulerons. Ils seront cadencés et les gares urbaines seront têtes de pont d’un réseau de navettes.
Dans ce cadre, les trains de marchandises n’auront plus leur place et la ligne sera d’abord au service d’un EUROCITE-EXPRESS : B.A.B – SAN-SEBASTIAN.
Dans la même optique, les lignes en direction de Pau et de Garazi retrouveront leur activité au service d’une population qui n’aura d’autre choix que de rompre avec la contrainte de la voiture.
En écrivant tout cela, j’ai le sentiment d’enfoncer des portes ouvertes et surtout de décrire des évolutions que d’autres ont annoncées avant moi.
Or, curieux paradoxe, ce sont ceux qui devraient être, ici, les relais de cette approche qui, en disant non à une voie nouvelle, disent non à la révolution ferroviaire, à la construction européenne, au renforcement des liens entre le Nord et le Sud de la Bidassoa et à l’émergence de l’Eurocité.
Curieux paradoxe où ceux qui devraient être les plus progressistes, rejoignent le camp des propriétaires les plus conservateurs.
En 1842, des hommes ont dessiné la trame ferroviaire de la France. C’était le plan GUIZOT. Ces visionnaires avaient vu loin, très loin.
En ce début du XXIème siècle, ne pourrait-on, pour une fois, voir plus loin que le bout de notre nez et nous inscrire dans le temps long ?
C’est en effet à cette échelle qu’il faut placer le débat.
Oui, une ligne nouvelle est nécessaire pour notre territoire et ses habitants.
Nous n’avons pas à la subir, nous avons à la construire en réclamant bien sûr un haut niveau de protection, mais aussi de communication, de connexion avec le réseau secondaire et de desserte.
Plutôt que de la refuser, nous avons à réclamer une voie nouvelle au service d’un Pays Basque, en position de maillon clé. Arrêtons de subir ce projet, d’en avoir peur ou de le diaboliser, commençons enfin à le piloter.
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