26.10.2009

Interview dans la Semaine du Pays basque

Max Brisson, vous êtes non seulement 1er adjoint au maire de Biarritz, conseiller général, mais aussi président de l’Office public de la langue basque. Pour ceux qui se sont installés récemment dans notre région, jouons au Candide et pouvons-nous vous demander de faire une présentation de l’Office public de la langue basque ?

- Dans les années 1990, notre territoire en crise réfléchit à son avenir. C’est la démarche « Pays Basque 2010 ». Il constate une chose : il est attractif parce qu’il a une identité, une langue et une culture particulières. Pour la première fois, la langue n’est pas vue dans son rapport au passé mais au présent et l’avenir. A partir de là, se met en place une vraie politique en faveur de la langue basque qui va mobiliser l’Etat, la Région, le Département et les communes du Pays basque. On constate que l’on peut se retrouver sur un intérêt commun : la défense de la langue parce qu’elle appartient à notre patrimoine, parce qu’elle est aussi facteur de modernité et donc de développement du Pays basque. Au début des années 2000, la volonté d’aller plus loin se traduit par une nouvelle démarche collective qui débouche sur la création d’un groupement d’intérêt public qui regroupe l’Etat, la Région, le Département et toutes les communes du Pays basque. Ensemble depuis 2005 au sein de l’OPLB, les institutions définissent une politique linguistique, mobilisent des moyens et les mettent en œuvre. C’est un bel exemple de politique globale et partenariale, qui rassemble l’ensemble des pouvoirs publics lesquels conventionnent bien sûr avec tous les opérateurs, les organismes et les associations qui travaillent pour la langue basque.

 

Cet office a été créé par le Gouvernement, c’est une structure très officielle... ?

- La création de l’Office public remonte à la visite de Nicolas Sarkozy en Pays basque lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Il est venu et a ouvert quatre chantiers dont celui de la langue. Un an après, le groupement d’intérêt public a été mis en place et j’ai été élu président. On était dans le droit fil de la volonté du Gouvernement et de Nicolas Sarkozy, de doter le Pays basque d’un outil commun pour élaborer un projet de politique linguistique, ce qui en France est exceptionnel ! Nous sommes le seul territoire où tous les acteurs se réunissent et définissent ensemble une politique pour assurer un avenir à l’Euskara.

 

Vous êtes un président attentif, et nous savons que vous demandez très souvent à vos équipes de fournir le bilan des actions engagées. Mais est-ce qu’au niveau national, il y a aussi eu une évaluation de ce que vous avez fait depuis la création de l’Office public de la langue basque ?

- L’Office public va bientôt avoir cinq ans. Le groupement d’intérêt public que nous avons constitué, a une durée de vie limitée, c’est dans les statuts des GIP. J’ai donc demandé à l’Etat d’organiser une évaluation, au travers d’une institution qui est faite pour cela, l’Inspection générale. Trois inspecteurs généraux sont venus en Pays basque voilà trois semaines et sont à nouveau chez nous cette semaine. Ils analysent ce que nous avons fait, font un bilan de la politique que nous avons mise en place et de la bonne utilisation des deniers publics qui, à hauteur de deux millions d’euros chaque année, sont investis au service de l’Euskara. J’ai souhaité ce temps d’évaluation qui permet de recenser les points sur lesquels nous avons avancé : l’enseignement, la petite enfance, le soutien aux opérateurs en particulier dans le domaine de l’alphabétisation des adultes, les radios… et puis les domaines où nous avons encore certainement à progresser, à aller plus loin, notamment la place de la langue basque dans la vie sociale, dans la vie publique, dans les loisirs. Nous avons avancé dans le secteur de l’enseignement : trente sections bilingues ont été ouvertes depuis que l’Office public existe. Mais, pour les enfants de ce territoire, la langue basque reste surtout une langue de l’école, or, il faut aussi qu’elle soit aussi une langue des loisirs, du sport, de la culture, sinon, comme toute discipline d’école, elle risque de rebuter ! Nous ouvrons avec cette évaluation quelques pistes nouvelles.

 

Revenons à l’enseignement… Est-ce que l’engouement qu’on a véritablement ressenti, il y a quelques années, à la fois de la part des enfants qui sont heureux d’apprendre la langue du pays et des parents, se poursuit ? Est-ce que cet enthousiasme est partagé par la plupart des maires du Pays basque ?

- La demande en faveur de la langue basque ne cesse de s’amplifier. Elle porte d’ailleurs sur les trois systèmes : public, catholique et l’enseignement par immersion, portée par la fédération Seaska. Ce que je dis aux maires lorsque je vais les voir, c’est qu’il faut constater ensemble par une enquête sérieuse la réalité de la demande. Presque partout, les enquêtes montrent qu’un nombre important de parents souhaite que leurs enfants soient scolarisés en langue basque. Je vais vous donner deux-trois chiffres très simples : aujourd’hui en maternelles, 40% des enfants du Pays basque sont scolarisés dans une section bilingue. A l’échelle de l’école primaire, on est à plus de 31%. Aujourd’hui, la moitié des écoles du pays basque accueillent des sections bilingues ! Dans la ville où je suis élu, à Biarritz, 25% des enfants sont scolarisés en section bilingue. Dans les écoles où le cycle est complet (depuis l’école maternelle jusqu’à la fin du CM2), c’est plus de la moitié des parents qui ont fait le choix, très naturellement et très simplement, de l’enseignement de la langue basque pour leurs enfants.

 

L’Office public de la Langue basque, une belle structure et vous nous démontrez, aujourd’hui, que l’on va véritablement évaluer les choses. Vous avez l’air d’être un président heureux ! Il y a pourtant, depuis quelques temps, des rumeurs de démission. Est-ce que vous pouvez nous répondre très franchement sur ces rumeurs ?

- Je prends beaucoup de plaisir à présider l’Office public de la langue basque. J’ai ressenti une satisfaction forte lors de la dernière enquête sociolinguistique  en constatant que dans la jeune génération, celle des 16/24 ans, le nombre de locuteurs remontait ! Nous sommes la seule région de France où la langue régionale n’est plus en perdition et où, chez les jeunes, elle est en train de retrouver sa place ! On a des taux de locuteurs chez les jeunes qui correspondent à ceux que l’on avait dans les années 1960 et c’est pour moi un honneur de porter une politique dans un domaine, la langue basque, où il y a quelques années le conflit l’emportait sur l’apaisement et le consensus. Pour l’instant mon rôle est de finir l’évaluation, de dresser le bilan, de le faire partager et de fixer le cap du prochain Office public de la langue basque. Ensuite, il s’agira au conseil d’administration de décider. Pour l’instant, je mène la mission qui m’est confiée avec passion et détermination.

Je profite aussi de votre question pour tordre le cou à une autre rumeur sur ma vie professionnelle. J’ai été nommé inspecteur général de l’Education Nationale mais cela ne m’empêchera pas, bien au contraire, de continuer à exercer mes mandats y compris celui de président de l’Office public de la langue basque !

 

Pour terminer, et puisque vous venez de l’évoquer… Est-ce qu’il y a un réel bonheur d’accéder ainsi à ce poste prestigieux ? Et qu’est-ce que signifie ce terme « mystérieux » d’inspecteur général ? Et comment allez-vous orienter votre carrière professionnelle au travers de ce titre ?

- C’est la reconnaissance d’abord d’une vie professionnelle comme professeur de classes préparatoires, la reconnaissance de longues années consacrées à des jeunes passant les concours des écoles de commerce. C’est aussi une nomination en conseil des ministres, présidé par Nicolas Sarkozy. Cette décision du président de la République qui a signé le décret, est pour moi quelque chose d’important. Une nouvelle page de ma vie professionnelle s’ouvre à côté de ma vie d’élu. J’ai toujours essayé de faire mon métier correctement, de ne pas me tromper de casquette, de séparer les champs d’action . Un Inspecteur Général, c’est fait pour apporter au Ministre toute sa connaissance du système éducatif. Je crois que la mienne est celle que m’ont donnée plus de vingt-cinq ans d’enseignement mais aussi vingt ans de mandats électifs consacrés pour l’essentiel à la culture, l’éducation, la jeunesse. L’inspection Générale est faite pour évaluer le système et surtout pour faire des propositions aux ministres et les aider à définir la politique éducative de la Nation. C’est une fonction passionnante.

 

Interview recueillie par Jean-Philippe Ségot

20.10.2009

Une nouvelle ligne ferroviaire

Je trouve que le débat engagé depuis quelques mois sur l’opportunité de construire une nouvelle ligne ferroviaire entre Bordeaux et la frontière est particulièrement mal engagé. D’échanges en polémiques, de débats en pugilats, celle-ci est présentée comme une balafre, jamais comme un outil au service du développement, la manifestation de samedi à Bayonne n’a pas inversé ce constat.

 

Il faut donc d’abord rappeler que la construction d’une nouvelle ligne n’a de justification pour un territoire comme le nôtre, que si elle est sous-tendue par un projet de territoire et si elle est au service de cette ambition.

 

C’est là le vrai débat à ouvrir. C’est en fait, celui qui porte sur l’idée que nous nous faisons dans l’avenir de notre territoire, et pas seulement celui auquel on veut nous réduire, sur les impacts présupposés du chantier et de l’ouvrage.

Or, nous avons élaboré en Pays Basque, après les réflexions prospectives 2010 et 2020, un projet de territoire dans lequel nous avons clamé haut et fort que notre pays nous le voulions, certes équilibré et harmonieux, mais aussi vivifié par une économie productive et donc ne se réduisant pas aux seuls subsides de l’activité résidentielle appelée ailleurs et en d’autres temps « économie de rente », un projet de territoire dans lequel nous avons de même dit avec force que le Pays Basque nous le pensions ouvert et intégré, et non fermé et replié sur lui-même.

 

Je croyais que cette vision nous le partagions largement au-delà de nos différences et de nos clivages. Au vu des prises de position de certains, j’en doute aujourd’hui.

 

Un développement économique équilibré peut-il en effet reposer sur autre chose qu’une offre de transport diversifiée ?

Ne voit-on pas le risque de se laisser enfermer dans la dépendance de plus en plus contraignante du transport aérien, et celle encore plus dangereuse à tout point de vue du transport routier ?

Ne comprend-t-on pas que le Pays Basque a tout à gagner à se placer en position charnière sur l’axe Sud-Europe Atlantique ?

Bilbao, à 50 minutes de Bayonne, et notre agglomération à mi-temps d’un trajet Toulouse-Bilbao réduit à 2 h 20, contre14 heures aujourd’hui, voilà ce qu’annonce la nouvelle révolution ferroviaire qui se dessine peu à peu.

Dire cela, n’est pas faire l’éloge de la vitesse mais des échanges.

C’est aussi replacer notre Pays Basque dans un espace européen ouvert et intégré, où le rail retrouvera demain une dimension nouvelle.

Ne voit-on pas que notre voisin Espagnol se prépare à cette révolution ferroviaire en injectant plus de 110 milliards d’euros d’investissement pour rattraper son retard jusqu’alors abyssal en la matière, devions-nous passer à côté de cette inflexion en marche ?

 

L’Européen que je suis, ne peut s’y résoudre et accepter ainsi que le Pays Basque soit un maillon de discontinuité sur la carte des transports européens alors que son histoire et ses intérêts bien compris le disposent très naturellement à bénéficier pleinement de sa position de maillon clé sur l’arc atlantique et sur l’isthme euro-méditerranéen.

 

Bien sûr, même chez les opposants à la voie nouvelle, tout le monde ou presque accepte cette argumentation mais contrattaque aussitôt en avançant l’argument fallacieux de l’utilisation de la ligne actuelle. Il faut tordre le cou à cette fausse bonne idée pour quatre raisons simples :

 

  • D’abord parce que notre territoire n’est plus un « bout de France » mais un maillon clé de l’espace européen en construction et que nous ne pouvons à la fois bénéficier des « sacrifices » consentis par les populations au nord de la ligne sans en consentir pour celles plus au sud.
  • Ensuite, parce que les performances euro-régionales dans un espace Toulouse-Bordeaux-Bilbao tomberont à l’eau sans une voie nouvelle et que notre région sera lourdement handicapée par rapport à d’autres territoires.
  • Egalement parce que cette ligne ancienne est urbaine et que la population très nombreuse tout au long de son tracé, n’acceptera pas cette montée du fret, et les élus de ces communes ont aussi le devoir de le dire.
  • Enfin, parce que cet axe a une autre vocation, celle de recevoir pour l’essentiel, le trafic local des voyageurs de l’eurocité.

 

 

Car à une autre échelle plus réduite, celle de notre bassin de vie, le projet de ligne nouvelle vient également télescoper l’idée que nous nous faisons de notre territoire et de ce que nous élus, nous devons proposer et construire, au service de celui-ci et de ses habitants.

 

Par des décisions d’un autre temps, visionnaires et courageuses, nous disposons aujourd’hui d’une ligne ancienne certes, mais littorale et urbaine. Elle innerve une conurbation littorale qui peu à peu prend conscience d’elle-même. C’est un atout indiscutable.

 

Cette agglomération a en effet besoin elle aussi, de mener sa révolution ferroviaire. Demain, de Bayonne à Saint-Sébastien, c’est en train que nous circulerons. Ils seront cadencés et les gares urbaines seront têtes de pont d’un réseau de navettes.

Dans ce cadre, les trains de marchandises n’auront plus leur place et la ligne sera d’abord au service d’un EUROCITE-EXPRESS : B.A.B – SAN-SEBASTIAN.

Dans la même optique, les lignes en direction de Pau et de Garazi retrouveront leur activité au service d’une population qui n’aura d’autre choix que de rompre avec la contrainte de la voiture.

 

En écrivant tout cela, j’ai le sentiment d’enfoncer des portes ouvertes et surtout de décrire des évolutions que d’autres ont annoncées avant moi.

Or, curieux paradoxe, ce sont ceux qui devraient être, ici, les relais de cette approche qui, en disant non à une voie nouvelle, disent non à la révolution ferroviaire, à la construction européenne, au renforcement des liens entre le Nord et le Sud de la Bidassoa et à l’émergence de l’Eurocité.

Curieux paradoxe où ceux qui devraient être les plus progressistes, rejoignent le camp des propriétaires les plus conservateurs.

 

En 1842, des hommes ont dessiné la trame ferroviaire de la France. C’était le plan GUIZOT. Ces visionnaires avaient vu loin, très loin.

En ce début du XXIème siècle, ne pourrait-on, pour une fois, voir plus loin que le bout de notre nez et nous inscrire dans le temps long ?

C’est en effet à cette échelle qu’il faut placer le débat.

Oui, une ligne nouvelle est nécessaire pour notre territoire et ses habitants.

Nous n’avons pas à la subir, nous avons à la construire en réclamant bien sûr un haut niveau de protection, mais aussi de communication, de connexion avec le réseau secondaire et de desserte.

Plutôt que de la refuser, nous avons à réclamer une voie nouvelle au service d’un Pays Basque, en position de maillon clé. Arrêtons de subir ce projet, d’en avoir peur ou de le diaboliser, commençons enfin à le piloter.

Le retour

Je reprends mon blog. Que ceux qui pendant trois mois ont pesté en attendant le prochain article me pardonnent cette interruption que rien ne justifie vraiment. La rentrée fut chargée pour moi….comme pour d’autres.

 

Quelques faits marquants depuis cette rentrée ?

 

· Une escapade à IXELLES, une des 15 communes de BRUXELLES pour commémorer un curieux jumelage entre cette commune urbaine au cœur de la capitale européenne avec ses 120 nationalités et une station balnéaire au passé prestigieux : Biarritz. L’occasion de rappeler qu’au-delà des différences, les jumelages tiennent avant tout aux hommes qui les portent, et en la matière, le nôtre y a trouvé toute sa force.

 

Un voyage par ailleurs intéressant pour constater que le Royaume des Belges est plus que jamais en péril, sans que cela ne chagrine les élus et les fonctionnaires que nous avons rencontrés.

 

· Après Ixelles, QUITO pour le Foro de Biarritz. Un évènement, là-bas, aussi retentissant qu’attendu, mais un non évènement en France et en Europe, alors que le Foro de Biarritz a été conçu dès l’origine pour construire un pont entre les deux rives de l’Atlantique. Mais la « veille Europe » a-t-elle encore la force de construire des liens avec ce prolongement d’elle-même, si proche et si différent à la fois. Faut-il renoncer pour autant, je ne crois pas.

 

·Le Foro reste une belle idée, et cette année encore, les échanges furent de grande qualité, mais il doit être recentré vers ce qui était sa vocation première et légitimait à l’origine l’engagement de Biarritz, de l’Aquitaine et des Pyrénées Atlantiques dans cet effort certes particulier, mais dans le droit fil de notre histoire et si on y réfléchit un peu, de nos intérêts.

 

· Un grand merci enfin à tous ceux qui m’ont manifesté des signes d’amitié après ma nomination dans le corps des Inspecteurs Généraux de l’Education Nationale, une reconnaissance par décret du Président de la République, pour presque 30 ans de vie professionnelle et 20 ans de vie élective consacrés pour l’essentiel au monde de la culture, de l’éducation et donc à la jeunesse.

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